2La présente étude représente une tentative de penser la tension qui existe au sein de groupes religieux musulmans entre la fidélité à un idéal de paix et la prise en compte des conditions historiques. Elle se divise en deux grandes parties. La première est consacrée à l’islam des origines. Je présente tout d’abord l’idéal coranique de paix à travers une analyse du champ Dela division du travail social De la division du travail social: Auteur: Émile Durkheim: Genre: Essai: Pays d'origine Ils'agit d'un texte d Dans cette vidéo je vous propose un "corrigé" (si l'on peut dire) pour l'explication du texte tombé au bac 2021 en terminale générale. Rechercheparmi 274 000+ dissertations. Philosophie: explication de texte. L'éducation morale, Emile Durkheim, 1903. Le texte étudié est un extrait de L'éducation morale, écrit par Emile Durkheim, sociologue français considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie moderne, en 1903. Dans cet extrait, Durkheim présente sa conception Si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu'un lien extérieur. Dans le fait de l'échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pénètrent, ni elles n DansDe la division du travail social, Durkheim explique le développement de la coopération sociale par le passage d'une solidarité mécanique à une solidarité organique.La distinction entre les deux types de société se fait notamment par l'étude d'un phénomène objectif : le droit. Dans les sociétés primitives, les normes coutumières et les règles s'imposent à tous les individus. Ledocument : "EMILE DURKHEIM : DE LA DIVISION DU TRAVAIL SOCIAL (Résumé & Analyse)" compte 0 mots.Pour le télécharger en entier, envoyez-nous l’un de vos travaux scolaires grâce à notre système gratuit d’échange de ressources numériques ou achetez-le pour la somme symbolique d’un euro. 5WZCP5. Mais si les sociétés supérieures ne reposent pas sur un contrat fondamen- tal qui porte sur les principes généraux de la vie politique, elles auraient ou tendraient à avoir pour base unique, [...] le vaste système de contrats particuliers qui lient entre eux les individus. Ceux-ci ne dépendraient du 5 groupe que dans la mesure où ils dépendraient les uns des autres, et ils ne dépendraient les uns des autres que dans la mesure marquée par les conventions privées et librement conclues. La solidarité sociale ne serait donc autre chose que l'accord spontané des intérêts individuels, accord dont les contrats sont l'expression naturelle. Le type des relations sociales serait la relation économique, 10 débarrassée de toute réglementation et telle qu'elle résulte de l'initiative entièrement libre des parties. En un mot, la société ne serait que la mise en rapport d'individus échangeant les produits de leur travail, et sans qu'aucune action proprement sociale vienne régler cet échange. Est-ce bien le caractère des sociétés dont l'unité est produite par la division du travail ? S'il en était ainsi, on pourrait avec raison douter de leur stabilité. Car si l'in-térêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu'un lien extérieur. Dans le fait de l'échange, les divers agents res-tent en dehors les uns des autres, et l'opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Émile DURKHEIM, De la division du travail social, 1893. Coll. Quadrige », PUF, 1996, pp. 180-181. L'auteur David Émile Durkheim, né le 15 avril 1858 à Épinal et mort le 15 novembre 1917 à Paris, est un sociologue français considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie moderne. En effet, si celle-ci doit son nom à Auguste Comte à partir de 1848, c'est grâce à Durkheim et à l'École qu'il formera autour de la revue L'Année sociologique 1898 que la sociologie française a connu une forte impulsion à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Formé à l'école du positivisme, Durkheim définit le fait social » comme une entité sui generis, c'est-à-dire pour lui en tant que totalité non réductible à la somme de ses parties. Cette définition lui permet de dissocier l'individuel du collectif et le social du psychologique, et de fonder logiquement les conditions de possibilité d'une action contraignante de la société sur les individus. Extériorité, étendue et contrainte caractérisent le fait social » cette thèse fit de lui le véritable fondateur de la sociologie en tant que discipline autonome et scientifique. Durkheim est à l'origine de plusieurs termes qui sont aujourd'hui très connus, comme anomie et conscience collective. L'apport de Durkheim à la sociologie est fondamental, puisque sa méthode, ses principes et ses études exemplaires, comme celle sur le suicide ou la religion, constituent toujours les bases de la sociologie moderne. Toutefois, l'apport de son œuvre va bien au-delà de cette discipline et touche presque toutes les disciplines dans les sciences humaines, dont l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la linguistique, et l'histoire. source Wikipédia L'œuvre De la division du travail social a été publié en 1893 par Émile Durkheim, sociologue français, considéré comme le père fondateur de la sociologie française. Cet ouvrage, issu de son travail de thèse, est encore aujourd’hui une référence dans le champ de la sociologie. À l’origine de ce texte, une inquiétude – qui parcourra l'ensemble de l’œuvre de Durkheim – sur la cohésion sociale dans nos sociétés modernes en cette période d’industrialisation et d’urbanisation. Durkheim constate, fin XIXe siècle, que les individus sont de plus en plus différenciés, que les consciences individuelles s’autonomisent de façon croissante. Comment, dans ce contexte de montée de l’individualisme, la cohésion sociale peut-elle être préservée ? Dans cette thèse sur le lien social, Durkheim s’attache à répondre à ce questionnement et, dès l’introduction, il avance une amorce d’explication dans le même temps que les individus se différencient de plus en plus, la division du travail progresse et ce, dans toutes les sphères de la vie sociale économie, administration, justice, science, etc.. La spécialisation, la différenciation accrue des individus entre eux les rend de facto interdépendants. La division du travail est en réalité source de solidarité sociale, de cohésion sociale dans le même temps qu’elle différencie les individus, elle les rend complémentaires et c'est pourquoi, selon Durkheim, elle est morale – elle contraint les individus à vivre ensemble. Avec l’accroissement de la division du travail, on assiste à une transformation du lien social et de la solidarité sociale qui accompagne. Source Wikipédia Le texte "Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans la désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ? Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limité par les autres devoirs ; on ne peut développer à l'excès sa personnalité sans tomber dans l'égoïsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. S'il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de la moralité, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement réfractaires et qui pourtant sont essentielles. La morale ne peut régenter outre mesure les fonctions industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales ; ainsi, considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excès de morale, dont la morale, d'ailleurs, est la première à souffrir ; car, comme elle a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle, elle ne peut nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s'applique." Emile Durkheim, De la Division du travail social 1893 "Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit" pour Durkheim la morale n'a rien d'abstrait, il n'y a pas de morale universelle, mais seulement des morales particulières adaptés aux particularités d'un peuple et qui reflètent ces particularités. Il n'y a pas une seule morale, la même pour tous, mais autant de morales que de peuples. Comme disait Pascal, à la suite de Montaigne "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà". Le mot "morale" vient du latin mores et signifie les mœurs, les coutumes, les habitudes. On ne peut pas et on ne doit pas séparer la morale de la vie, des mœurs, des coutumes et des habitudes d'un peuple. La morale n'a rien d'abstrait et on ne peut pas remplacer impunément une morale par une autre "On ne peut pas lui en inculquer une autre, si élevée soit-elle, sans la désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers" on peut penser aux "conversions forcées" opérées par les missionnaires catholiques en Amérique du Sud, du temps de Christophe Colomb, conversions qui ont été dénoncés par Bartholomée de Las Cases. On peut penser à la colonisation et à l'idée que l'occident allait apporter aux autres peuples "les lumières de la civilisation". On peut penser aussi à la collectivisation forcée des terres en URSS et à la déportation des paysans libres koulaks. La morale confondue avec les mœurs dans les sociétés traditionnelles est très contraignante, vu de l'extérieur, sauf que ces contraintes ne sont pas ressentis par les acteurs qui les trouvent conformes à la nature, sauf si ces sociétés ont connu une ouverture sur l'occident et sont revenus ensuite aux critères d'une société traditionnelle théocratique en l'occurrence comme en Iran. Elle prescrit la façon de s'habiller, les relations entre les sexes, les habitudes et les interdits alimentaires et de façon général les comportements dans les moindres détails. Les individus savent exactement ce qu'il doivent faire selon la place qu'ils occupent dans la société. "Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ?". Nous nous posons une telle question car nous nous faisons une idée élevée de la morale, coupée de ses racines sociologiques. Pour nous, la morale est une affaire de perfectionnement individuelle et non une réalité sociale. Durkheim nous ramène à la réalité telle qu'elle est et non telle que nous voudrions qu'elle soit. La morale n'est pas une affaire de perfectionnement individuel. "Agir moralement, c'est faire son devoir et tout devoir est fini" la société ne nous demande pas d'être parfaits, elle laisse l'idée de perfection morale à la religion, mais simplement de faire notre devoir. La morale, pour Durkheim n'est ni déontologique, à la manière de Kant, bien qu'elle s'appuie sur le devoir, ni conséquentialiste, elle ne cherche pas "le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre", ni aristocratique, ni hédoniste. La vie n'a pas pour pour le bonheur ou le plaisir comme chez les philosophes de l'antiquité. La morale n'est pas fondée sur le culte de l'individualité, mais elle a un contenu précis et elle consiste à accomplir sa tâche au sein de la division du travail afin d'assurer la solidarité et la cohésion sociale. A une morale individuelle, Durkheim veut substituer une morale collective, fondée sur la solidarité. Durkheim distingue implicitement entre les devoir stricts que nous imposent la société et les "devoir larges" de la religion ou de la charité. Entre les devoirs stricts et les devoirs larges, il ne doit pas y avoir conflit, accomplissement des uns au détriment des autres. Il ne s'agit pas d'un devoir abstrait à la manière de Kant, exprimé à travers des impératifs catégoriques et applicables dans n'importe quelle situation "Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle" ; "Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature" ; "Agis de façon à traiter l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen". Peu importe pour Durkheim que l'on ait l'illusion d'agir de façon désintéressée, par pure obéissance à la loi morale, au devoir impératif catégorique ou que l'on agisse par intérêt impératif hypothétique, pourvu que l'on accomplisse son devoir vis-à-vis de la société. Ce devoir n'est pas abstrait et ne s'impose pas d'abord à une conscience personnelle, il a des contenus précis et une dimension essentiellement sociale. Le titre de l'ouvrage de Durkheim dont ce texte est extrait est De la division du Travail social. Se comporter de manière morale, c'est essentiellement collaborer dans la société à sa place au sein de la division du travail qui se développe à l'époque où Durkheim écrit ce texte. Selon lui, l'individualisme induit par la société moderne comporte des germes de désagrégation sociale. Il faut donc remplacer les anciennes solidarités traditionnelles par la solidarité des différents acteurs de la société dans le cadre de la division sociale du travail, l'ingénieur et l'ouvrier par exemple. Durkheim conçoit la société à la manière d'un organisme dont toutes les parties collaborent harmonieusement à la survie et au maintien du tout. Cette conception diffère de la vision marxiste d'une société divisée en classes sociales antagonistes. Note La division sociale du travail existe à l'intérieur des sociétés aussi bien humaines qu'animales chez les abeilles et les fourmis par exemple. Elle constitue l'un des principes fondamentaux de leur organisation. Publié en 1893, La Division du travail social étudie la répartition des activités productives, entre des groupes spécialisés dans des activités complémentaires. Pour Émile Durkheim, la division du travail est un phénomène social plus qu'économique. Durkheim distingue Les sociétés traditionnelles où se manifeste une solidarité mécanique car fondée sur la ressemblance entre les membres ; la conscience collective y est forte et la tradition produit les normes et détermine la culture du groupe ; les activités sociales sont peu diversifiées et donc peu spécialisées. Les sociétés modernes où la combinaison des phénomènes d'urbanisation, d'industrialisation et d'extension du salariat favorise la multiplication des activités sociales et des métiers le travail social » est donc fortement divisé. Les individus se libèrent de la pression du groupe et c'est désormais la loi qui régit la vie en société et non la coutume. La solidarité subsiste cependant, mais elle relève désormais davantage de la gestion ou de l'encadrement des interdépendances entre individus et groupes sociaux. Durkheim parle alors de solidarité organique ». La division sociale du travail se traduit par la répartition des rôles et des fonctions politiques, économiques, religieuses, sociales, etc. entre les membres de la société. Chacun est ainsi spécialisé dans une fonction, un rôle qui le rend complémentaire des autres et crée ainsi du lien social. La véritable fonction de la division du travail est de créer entre les personnes un sentiment de solidarité, de contribuer à l'intégration générale de la société et d'être un facteur essentiel de la cohésion sociale. L'intégration sociale peut se définir comme une situation ou un processus d'insertion au cours duquel un individu ou un groupe d'individus trouve sa place dans un même ensemble, ce qui aboutit à la formation d'un ensemble harmonieux. Le développement excessif de sa personnalité comme le font les esthètes comme Baudelaire, Brummel ou Oscar Wilde est plus dangereux qu'utile pour Durkheim et doit demeurer marginal. Certains poètes romantiques qui protestaient contre les débuts de la société industrielle se comportaient de façon égoïste. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. Nous avons des devoirs, certes, vis-à-vis des autres, mais ces devoirs ne sont pas infinis comme le veut par exemple Emmanuel Levinas, ils sont limités par les exigences de notre nature. L'homme est un animal comme les autres, bien qu'il soit aussi un animal social, il a des besoins manger, boire, dormir, se reproduire, s'abriter, se protéger. Parmi les exigences de la nature humaine, il y a notamment le droit de propriété. L'homme a naturellement besoin de posséder des biens et il en a le droit. "Il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumise à une réglementation impérative, il y en d'autres qui y sont naturellement réfractaires" Autrement dit, nous sommes tenus de nous soumettre à la loi pour certaines actions formellement autorisés ou interdites, mais il existe des actions qui échappent à la loi, dans lesquelles le législateur n'a pas à intervenir. La morale ne peut pas réglementer les fonctions industrielles, commerciales et elle ne le doit pas. Elle n'a pas à interférer dans ce domaine non pas parce qu'il est indifférent, mais parce qu'au contraire, il est vital pour la société. Emile Durkheim soutient ici la liberté d'entreprendre. "Considérer la richesse comme immorale n'est pas moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence". On peut penser à la fable des abeilles de l'économiste Bernard Mandeville qui a d'ailleurs inventé l'expression "division du travail". La fable des abeilles est une fable politique de Bernard Mandeville, parue en 1714. Elle est bientôt devenue célèbre pour son attaque supposée des vertus chrétiennes. La signification réelle reste controversée jusqu’à aujourd’hui. Friedrich Hayek vit en lui un précurseur du libéralisme économique tandis que Keynes mit en avant la défense de l’utilité de la dépense. La Fable des abeilles, développe avec un talent satirique la thèse de l’utilité sociale de l’égoïsme. Il avance que toutes les lois sociales résultent de la volonté égoïste des faibles de se soutenir mutuellement en se protégeant des plus forts. Sa thèse principale est que les actions des hommes ne peuvent pas être séparées en actions nobles et en actions viles, et que les vices privés contribuent au bien public tandis que des actions altruistes peuvent en réalité lui nuire. L’Angleterre y est comparée à une ruche corrompue mais prospère et qui se plaint pourtant du manque de vertu. Jupiter leur ayant accordé ce qu’ils réclamaient, la conséquence est une perte rapide de prospérité, bien que la ruche nouvellement vertueuse ne s’en préoccupe pas, car le triomphe de la vertu coûte la vie à des milliers d’abeilles. Mandeville soutient qu'une société ne peut avoir en même temps morale et prospérité et que le vice, entendu en tant que recherche de son intérêt propre, est la condition de la prospérité. Emile Durkheim ne va pas si loin que Bernard Mandeville. Il ne dit pas que les vices privés profitent à la société, mais que la vraie morale consiste à lui être utile. On peut également rapprocher son point de vue de celui du sociologue Max Weber dans son ouvrage L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme 1904 et 1905. Weber démontre que l’esprit » du capitalisme est issu de motifs religieux. Les puritains se référent aux Evangiles et à l'apôtre Paul, pour affirmer que l’homme doit travailler pour assurer son salut. Dans cette logique, le travail est, selon la volonté de Dieu, une fin en soi de la vie humaine. Le travail et l'enrichissement est le signe que Dieu nous accorde sa grâce. Le travail et le bénéfice matériel qui en résulte constituent le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. La répugnance au travail est le symptôme d’une absence de la grâce. Il peut y avoir des excès de la morale, par exemple une condamnation absolue des richesses qui est nuisible à la société tout entière. La morale est la première à souffrir des excès de la morale, parce que la morale consiste en un juste milieu entre deux extrêmes la condamnation des richesses et le fait de voir en elles le bien par excellence. La condamnation des richesses conduit à un ascétisme fanatique à la façon d'un Savonarole et le fait de voir en elles le bien par excellence à la la thésaurisation forcenée, à la manière de l'usurier Gobseck dans la Comédie Humaine de Balzac. La morale a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle et non notre vie spirituelle chez Max Weber, les deux sont liés et ne peut pas nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s'applique la morale ne concerne pas le royaume des fins ou les devoirs inconditionnels que nous aurions vis-à-vis de Dieu Emile Durkheim est agnostique ou de notre prochain, mais uniquement la vie terrestre, temporelle, sociale. Ce texte de Durkheim pose davantage de problèmes qu'il n'en résout. Pour Durkheim, la division du travail constitue la seule solution pacifique à la vie en commun dans les sociétés modernes industrialisées. Cependant, certaines formes de division du travail peuvent présenter des traits pathologiques et anormales Elles résultent d'une spécialisation de plus en plus grande des individus et de l'insuffisance de règles susceptibles d'assurer la régulation nécessaire à la cohésion sociale anomie. La division du travail ne produit donc pas automatiquement des relations pacifiques entre les membres de la société moderne, pas plus que "la main invisible du marché" ne régule tous les problèmes économiques et sociaux. La morale pour Durkheim consiste au fait d'accomplir son devoir au sein de la division sociale du travail et peu importe qu'on le fasse par pur respect de l'impératif catégorique ou par intérêt. Durant la crise du COVID, le personnel soignant, les caissiers et caissières de supermarché, les éboueurs, les enseignants, et tous ceux qui accompli leur devoir social, à leur place et selon leur vocation ont été des "héros" de la morale sociale parce qu'ils ont empêché la société de s'effondrer. Durkheim insiste sur le fait qu'il y a des "pathologies" qui s'opposent à la collaboration pacifique et harmonieuse au sein de la division du travail. On peut penser aujourd'hui aux inégalités sociales et aux disparités régionales, au chômage de masse, aux faillites, aux délocalisation, à l'accroissement de la pauvreté, à l'immigration incontrôlée, à tout ce qui a débouché sur la crise des gilets jaunes. Le chômage n'est pas une simple "variable d'ajustement", mais une véritable maladie sociale parce qu'il exclut toute une partie de la population de la division du travail social et donc de la moralité. Non pas que les chômeurs soient "immoraux" ou qu'il soit "immoral" d'être au chômage, mais parce le chômage interdit au chômeur d'être pleinement moral en exerçant une solidarité active avec les autres membres de la société au sein de la division sociale du travail. Selon Pascal Bailly, le développement de l'individualisme qui a accompagné la société moderne a privilégié les valeurs de liberté et de travail. La forte croissance économique des "Trente Glorieuses" relayé par la montée du salariat et de la protection sociale a permis une augmentation du niveau de vie pour un grand nombre d'individus. Les inégalités engendrées par le système étaient atténuées par des institutions comme l'Etat garantissant ainsi une forte cohésion sociale. Pourtant depuis les années 1970, on voit apparaître de nombreux dysfonctionnements le chômage de masse, la montée des inégalités, les disparités sociales et régionales qui remettent en cause l'efficacité du système. Comme le pressentait Durkheim, la solidarité organique de notre société moderne ne parvient pas à se mettre en place de manière suffisamment forte pour permettre un fonctionnement harmonieux de la société. Le lien social cède parfois la place à une exclusion aux conséquences humaines désastreuses..." De la division du travail social correspond à la thèse princi­pale de Durkheim qui avait pour sous-titre Étude sur l’organisa-tion des sociétés supérieures. Elle fut soutenue le 3 mars 1893 à la Faculté des Lettres de Bordeaux. Cette thèse est fondamen­tale pour trois raisons. Il s’agit tout d’abord du premier livre de Durkheim dans lequel il tente de fonder la sociologie. L’ouvrage paraît deux ans avant Les règles de la méthode sociologique 1894 et quatre ans avant Le Suicide 1897. Il constitue donc en quelque sorte la pierre angulaire » de cet édifice nouveau qu’est la sociologie. Par cette thèse, dont les membres du jury admirèrent la qualité et la profondeur, Durkheim s’affirme aux yeux de tous comme le représentant français du projet sociolo­gique. De la division du travail social est donc un passage obligé pour les sociologues, une introduction à cette discipline. Cette thèse appartient également au patrimoine conceptuel des sciences sociales. Elle est enseignée à ce titre dans les facultés de sociologie du monde entier. Les recherches en sciences sociales ne cessent depuis plus d’un siècle de se référer àla solidarité mécanique etàla solidarité organique, tant ces deux concepts constituent des fondements de notre compréhen­sion du monde social. Durkheim aborde, à travers les métamor­phoses de la notion de solidarité, la question du lien social. Il offre ainsi un cadre analytique pour analyser à la fois le pro­cessus de différenciation des individus et la cohésion des sociétés modernes… L’ambition de Durkheim Les fondements du lien social La question des formes anormales La solidarité organique aujourd’hui Les mutations du monde du travail La logique de la démarchandisation » Il vous reste à lire 98 % de ce chapitre. France métropolitaine • Juin 2021Durkheim, De la division du travail socialexplication de texte 4 heures20 pointsIntérêt du sujet • La morale désigne un ensemble de règles communes visant à nous faire bien agir. Mais quand un pays commerce avec un autre, est-ce la morale qui doit guider sa conduite ? Si la poursuite de la richesse ne fait l'objet d'aucun impératif moral, si elle peut même être moralement condamnée, un pays doit-il pour autant s'en détourner ? Expliquez le texte suivant Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans le désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle-même, ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ? Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limité par les autres devoirs ; on ne peut se donner trop complètement à autrui sans s'abandonner soi-même ; on ne peut développer à l'excès sa personnalité sans tomber dans l'égoïsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les autres exigences de notre nature. S'il est nécessaire que certaines formes de la conduite soient soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de la moralité, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement réfractaires et qui pourtant sont essentielles. La morale ne peut régenter outre mesure les fonctions industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales ; ainsi, considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excès de morale, dont la morale, d'ailleurs, est la première à souffrir ; car, comme elle a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle, elle ne peut nous en détourner sans tarir elle-même la matière à laquelle elle s' Durkheim, De la division du travail social, connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. Les clés du sujetRepérer le thème et la thèseDans ce texte, Durkheim se demande quel doit être notre rapport à la morale. Faut-il penser la morale comme un discours fait de règles absolues qui régiraient tous les aspects de notre vie ?Il démontre que la morale est avant tout une production humaine qui nous permet de vivre ensemble. Aussi ses règles doivent-elles être conçues comme relatives, limitées et circonscrites à certains domaines d' la problématiqueRepérer les étapes de l'argumentationLes titres en couleurs et les indications entre crochets servent à guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la abordée] Dans cet extrait de La division du travail social, Durkheim se demande quel doit être notre rapport à la morale. A priori, on pourrait penser que la morale est faite pour régler de façon absolue l'ensemble de nos actions il nous faudrait bien agir en toutes circonstances. Mais ne serait-ce pas oublier la véritable raison d'être de la morale ? [Thèse] Durkheim démontre ici que la morale est avant tout une production humaine nécessaire à la vie sociale et donc que ses règles doivent être à la fois relatives, limitées et circonscrites à certains domaines d'action. [Problématique et annonce du plan] Pour démontrer cela, Durkheim établit d'abord le caractère relatif de la morale une morale est toujours produite par un peuple. De plus, notre obéissance à nos devoirs est elle-même relative, puisque ceux-ci se limitent mutuellement. Mais la morale ne doit-elle pas porter sur l'ensemble de nos actions et, en ce sens, n'est-elle pas absolue ? Dans un deuxième temps, Durkheim montre que la morale doit en réalité se limiter à certains domaines une morale qui se donnerait pour absolue ruinerait la vie sociale qu'elle a pourtant pour but de rendre Nos obligations morales sont relativesA. La morale est une production socialeDans un premier temps de sa démonstration, Durkheim démontre le caractère nécessairement relatif des règles morales. La morale est le discours qui porte sur le domaine de nos actions, le domaine pratique, et entend proposer des principes susceptibles de guider notre conduite en répondant aux questions que devons-nous faire ? comment devons-nous nous conduire ? On pourrait penser que ces règles sont les mêmes pour tous les hommes, ce qu'affirme par exemple la morale religieuse, qui repose sur des commandements universels. Mais Durkheim part d'une observation qui remet en cause cette nécessité d'un caractère absolu de la morale chaque peuple a sa morale, qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit ». Autrement dit, chaque morale est avant tout une production sociale et diffère des autres selon le mode de vie et les besoins du peuple qui la produit. Comme l'indique son étymologie de mores, qui signifie les mœurs », la morale désigne avant tout les coutumes, les règles de vie communes qui valent dans une société donnée à une époque qui est absolu de ab-solutus, qui signifie séparé de » ne dépend d'aucune qui est relatif est en relation avec un certain contexte et donc règles, dit-il, sont celles qui conviennent à ce peuple précis aussi ne peut-on imposer une nouvelle morale à un peuple sans dommages, tant collectifs qu'individuels. Dans la mesure où un système moral naît du besoin particulier de chaque peuple, besoin issu de son environnement et de ses caractéristiques propres, lui imposer une autre morale serait faire violence à l'individu comme à la société à laquelle il appartient. Mais si chaque morale est relative à chaque peuple, les impératifs moraux ne s'imposent-ils pas de façon absolue à tous les membres de ce peuple ?B. Au sein d'une morale, chaque devoir constitue la limite d'un autreCertes la morale est relative et variable, mais l'individu n'est-il pas absolument tenu d'être vertueux, quel que soit le contexte ? Durkheim formule lui-même l'objection, à laquelle il entreprend de répondre en mettant en évidence le caractère limité de chaque devoir. De fait, la morale sociale nous prescrit un certain nombre de devoirs, c'est-à-dire d'obligations morales, et il convient de s'y conformer. Mais, observe Durkheim, la première limite posée à ces obligations réside en réalité dans les autres devoirs propres à cette obligation de ob-ligare, qui signifie lier par contrat » désigne un devoir, prescrit par une loi à laquelle nous obéissons contrainte désigne en revanche ce qui fait obstacle à notre s'appuie alors sur deux exemples. Si j'agis conformément à l'obligation qui m'est faite d'aider les autres ou de les aimer, ce qui va limiter mon action en ce sens sera l'obligation de ne pas me négliger, de ne pas me perdre dans ma conduite altruiste. De la même façon, l'obligation que j'ai de m'affirmer, de faire valoir mes désirs, va se heurter à l'obligation contraire qui me pousse à ne pas être ces deux exemples, Durkheim met en évidence l'existence d'une sorte de régulation de ma conduite, par le fait que coexistent dans une même morale des devoirs qui pourraient entrer en contradiction si je les cultivais excessivement. De fait, si je me dévoue aux autres, j'agis moralement, mais si ce dévouement me pousse à me négliger, à en oublier ma propre vie, alors cette action, entrant en contradiction avec le devoir que j'ai de me soucier de moi-même, perdra son caractère moral.[Transition] Mais si nos actions morales sont ainsi régulées, tempérées par le fait que nous nous trouvons toujours placés entre plusieurs devoirs, la morale n'est-elle pas absolue au sens où elle porte sur l'ensemble de nos actions ?2. Nos devoirs se limitent à certains domainesA. La morale ne doit pas régir la vie économiqueDans un deuxième temps de sa démonstration, Durkheim met en évidence une seconde limite posée à notre attitude vertueuse. Si la morale propre à notre société est bien faite de devoirs, notre effort pour nous y conformer ne se heurte pas seulement à notre obligation de respecter les autres devoirs il rencontre également un certain nombre d'impératifs propres à la vie distingue alors certaines conduites soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de la moralité » d'autres qui y seraient naturellement réfractaires ». Mais quels seraient ces domaines d'action qui devraient par nature échapper à la morale et dans lesquels mes obligations morales pourraient légitimement m'apparaître secondaires ? L'auteur en donne deux exemples les fonctions industrielles, commerciales » doivent échapper à la morale puisqu'elles sont des fonctions essentielles », vitales » desquelles dépend la satisfaction des besoins d'une société. En d'autres termes, dans ces domaines nécessaires à la vie d'une société, ce n'est pas la morale qui doit orienter nos qui est essentiel, c'est ce qui définit une chose, ce sans quoi elle ne pourrait pas être contraire, ce qui est accidentel est ce qui ne relève pas de l'essence de cette Les impératifs moraux sont limités par la nécessité vitaleS'agit-il pour autant de dire que quand je fais du commerce, par exemple, il est légitime que je me conduise de manière immorale ? Durkheim précise alors son propos en s'appuyant sur l'exemple de la richesse. Dans une perspective morale, il est en effet possible de condamner la richesse. Le désir de richesse est ainsi considéré par Épicure comme un désir vide », c'est-à-dire un désir produit par l'influence sociale et qui, n'existant pas naturellement en l'homme, ne sera source d'aucun plaisir et nous livrera aux souffrances d'une quête sans noterDans la Lettre à Ménécée, Épicure explique que pour accéder au bonheur nous devons nous détourner des conduites excessives. Il établit que, par essence, le désir de richesse est un désir sans observe Durkheim, dire que la morale ne doit pas porter sur la fonction commerciale d'une société, ce n'est pas dire qu'il faille s'adonner sans limite au désir de richesse. Considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence », dit-il, renvoyant dos à dos deux principes d'action contraires selon lesquels il faudrait en toutes circonstances fuir la richesse ou, au contraire, obtenir à tout prix la richesse. De fait, une société doit se préoccuper de la satisfaction des besoins des individus, elle doit par exemple se livrer au commerce et l'objectif du commerce est bien l'enrichissement. Cette nécessité limite donc le domaine d'action de la morale. L'espace du commerce n'est pas exempté de toute morale, ce qui y prévaut n'est pas le vice cependant, nos devoirs se trouvent, en ce domaine, limités et là encore régulés par la nécessité Le but de la morale est de faciliter la vie socialeDurkheim conclut sa démonstration en précisant le but de la morale elle a pour objet immédiat de régler notre vie temporelle ». En d'autres termes, la raison d'être de la morale n'est pas la vie spirituelle mais la vie temporelle, c'est-à-dire que la morale est faite pour répondre au mieux à nos intérêts, à nos besoins fait, nous sommes des êtres sociaux, notre nature réclame une organisation sociale, mais nous sommes aussi immédiatement guidés par la recherche de notre satisfaction individuelle, ce qui produit des heurts. Pour qu'une vie sociale soit possible, il est nécessaire non seulement d'établir des lois juridiques, mais aussi une morale qui saura limiter la poursuite individuelle de nos intérêts par une intériorisation de nos devoirs. Dans Le Malaise dans la culture, Freud souligne ainsi la nécessité des impératifs moraux, par exemple du devoir d'aimer les autres, en expliquant que sa justification véritable est précisément que rien n'est plus contraire à la nature humaine primitive », fondamentalement Durkheim nous met-il en garde contre les excès de morale », c'est-à-dire contre une façon de se rapporter aux devoirs moraux sans tenir compte des limites que représentent les autres impératifs moraux, mais aussi les impératifs vitaux pour la société. Tout envisager dans une perspective morale, c'est oublier que la morale est un discours qui porte sur nos actions et dont le but premier est de nous aider à vivre définitive, non seulement la morale est relative, mais nos obligations morales sont limitées et ne doivent nous guider que dans certains domaines. Indispensable à la vie sociale, la morale doit rester conforme à son but, qui est de réfréner l'aspiration individuelle à satisfaire exclusivement ses intérêts, afin de rendre possible la coopération. Ainsi, une morale qui prétendrait imposer des obligations absolues et valoir dans tous les domaines de la vie entrerait finalement en contradiction avec sa raison d'être. Plan Texte Notes Citation Auteur Texte intégral 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt... Durkheim n’est visiblement pas à l’aise dans cette partie finale de son livre [le Livre III de La division du travail social], très courte par rapport aux deux précédentes et aussi bien moins élaborée […]. De là, sans doute, un certain manque de clarté dans la construction de cette dernière partie du livre et même dans l’identification des pathologies de la société moderne. »1 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégali ... 1Une question centrale de la sociologie durkheimienne est celle des conditions de l’ordre et de l’intégration dans un type de société caractérisé, d’une part, par un système de valeurs démocratique et, d’autre part, par la croissance de l’inégalité sociale sous l’effet du progrès inéluctable de la division du travail. Dans ses ouvrages de jeunesse, Durkheim croit trouver une réponse satisfaisante dans ce poncif classique de l’idéologie démocratique qu’est l’égalité des chances. Pourtant, au lieu de chercher à approfondir les conditions de réalisation de ce qu’il nomme lui-même l’ absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il va préférer s’orienter vers une analyse des conditions non plus socio-économiques mais socio-culturelles de l’acceptation de l’ordre social par les acteurs. En témoigne la place centrale accordée à l’éducation et, plus largement, à la socialisation dans les œuvres de maturité2. I. L’égalité des chances contre l’égalité des conditions 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du ... 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 2Durkheim n’est pas, à l’évidence, un sociologue de la stratification sociale. Dans La division du travail social, le thème de l’inégalité sociale occupe cependant une place privilégiée dans le traitement d’une de ses problématiques centrales – celle de la réalisation et du maintien de l’ordre social. Les guerres de classes » et autres conflits sociaux qui agitent les sociétés industrielles n’y sont pas seulement interprétés comme une conséquence de l’anomie chronique qui y règne, mais aussi comme un effet du caractère contraint » de la division du travail3. Par là, il faut entendre que le processus de la distribution des individus dans la structure des positions sociales ne respecte pas, ou pas assez, ni les capacités propres des intéressés leurs aptitudes et compétences ni leurs désirs leurs goûts et aspirations. Une telle harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales »4 serait en effet une condition nécessaire pour que la satisfaction que chacun trouve dans l’accomplissement de son rôle social – et donc de la place qu’il occupe dans la société – l’empêche d’en désirer un autre et de mettre ainsi en cause l’ordre social établi Sans doute ne sommes-nous pas, dès notre naissance, prédestinés à tel emploi social; nous avons cependant des goûts et des aptitudes qui limitent notre choix. S’il n’en est pas tenu compte, s’ils sont sans cesse froissés par nos occupations quotidiennes, nous souffrons et nous cherchons un moyen de mettre un terme à nos souffrances. Or, il n’en est pas d’autre que de changer l’ordre établi et d’en refaire un nouveau. »5 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depu ... 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 3Durkheim est ainsi conduit à opposer à une forme contrainte » de la division du travail en fait du processus de la distribution des individus dans la structure sociale une forme spontanée » qui peut seule produire la solidarité sociale et prévenir les conflits sociaux. Cette spontanéité, précise-t-il, suppose non seulement que les individus ne sont pas relégués par la force dans des fonctions déterminées, mais encore qu’aucun obstacle, de nature quelconque, ne les empêche d’occuper dans les cadres sociaux la place qui est en rapport avec leurs facultés »6. Autant, dans le domaine des relations et des rapports sociaux, la société réclame une réglementation sans laquelle elle est menacée d’anomie7, autant le processus de la distribution sociale doit demeurer exempt de toute contrainte. Alors que, quelques pages plus tôt, Durkheim se faisait le chantre d’une réglementation suffisamment développée qui détermine les rapports mutuels des fonctions »8, il estime que c’est la plus totale liberté qui doit régir l’accès à ces fonctions et que rien ne doit gêner les initiatives des individus »9. Une fois la société organisée selon des règles propres à assurer l’harmonie des rapports sociaux nés de la division du travail, les destins individuels peuvent – et doivent – se déployer librement dans un espace social désormais contrôlé. La manière durkheimienne de résoudre l’antithèse classique entre individu et société est ici parfaitement balancée au premier est due la liberté de se mouvoir dans une structure sociale convenablement organisée et d’y réaliser ses aptitudes et ses goûts, à la seconde revient l’obligation d’assurer la coordination et la complémentarité des fonctions sociales et de déterminer non pas qui doit les occuper mais comment elles doivent être remplies. La solution retenue est donc à mi-chemin entre collectivisme et individualisme. Elle propose le modèle d’un individu libre dans une société forte, pour le plus grand profit des deux c’est ce que Durkheim appelle le socialisme ». À cette condition, en effet, l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ne peut manquer de se produire, du moins dans la moyenne des cas. Car, si rien n’entrave ou ne favorise indûment les concurrents qui se disputent les tâches, il est inévitable que ceux-là seuls qui sont les plus aptes à chaque genre d’activité y parviennent […]. Ainsi se réalise de soi-même l’harmonie entre la constitution de chaque individu et sa condition. »10 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, ... 4Mais en quoi une telle procédure de distribution sociale, si visiblement favorable à la collectivité, l’est-elle également à l’individu ? La réponse de Durkheim est, ici, aussi lapidaire que péremptoire Normalement, l’homme trouve le bonheur à accomplir sa nature; ses besoins sont en rapport avec ses moyens ». Entendons par là que, si les mérites individuels sont justement récompensés, les besoins sont satisfaits du même coup puisque les besoins correspondent aux moyens qui ont permis de réaliser les accomplissements que la société égalitaire sait reconnaître et récompenser. Bref, comme l’exprime élégamment Filloux, On a les besoins que l’on mérite ! »11 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées ... 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 5La problématique durkheimienne est donc claire comment faire en sorte que s’établisse cette harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales » jugée nécessaire à la satisfaction des individus et, par effet, à l’intégration de la société ? En théorie, deux solutions distinctes se présentent. La première est celle d’un libéralisme social absolu laissant libre cours à la concurrence dans laquelle les individus s’engagent pour la conquête des différentes positions sociales. La seconde est, à l’inverse, celle d’un interventionnisme tout aussi absolu garantissant que la distribution sociale s’effectue de telle manière que les différentes positions sociales soient allouées aux individus les plus aptes à les occuper12. Le dilemme est classique réussissent soit les plus forts soit les plus aptes. On ne saurait mieux qualifier la solution durkheimienne de ce dilemme que de sociale-démocrate ». Cette solution est en effet celle de l’égalité des chances que Durkheim, en termes fleurant leur néo-darwinisme, définit comme une absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte »13. En d’autres termes, la salutaire compétition des individus les uns avec les autres dans la course pour l’accès aux positions sociales doit pouvoir se livrer sans qu’aucun des concurrents ne jouisse de quelque avantage que ce soit sur les autres. À ce compte, non seulement chacun est récompensé selon ses seuls mérites propres mais, encore et surtout, par la grâce du caractère démocratique du processus par lequel elle s’opère, le résultat de la distribution sociale se voit investi d’une forte légitimité. Non seulement l’égalité des chances permet de préserver et de rationaliser le caractère fonctionnel de l’inégalité des conditions, mais elle rend celle-ci légitime. Elle a donc un double mérite d’une part elle fait coïncider aptitudes et fonctions, d’autre part elle confère à l’ordre ainsi constitué une valeur non plus seulement fonctionnelle mais également morale ». 6Et c’est bien cette légitimité – plus que le bonheur à accomplir sa nature » ! – qui confère à l’égalité des chances son efficacité intégratrice. De fait, lorsqu’elle est réalisée dans un contexte de chances égales, l’inégalité des conditions se voit à la fois légitimée et valorisée légitimée car elle résulte alors de la mise en œuvre d’un idéal de justice en l’occurrence de justice distributive, valorisée car elle récompense les mérites des uns et sanctionne négativement l’absence de mérite des autres. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », ... 15 Ibid., p. 370. 7La démonstration durkheimienne semble donc avoir atteint son but. Ce n’est pas l’inégalité sociale en elle-même qui est tenue pour responsable des ruptures de la solidarité sociale et, partant, des conflits sociaux mais le fait que les inégalités sociales ne soient pas congruentes avec les inégalités naturelles ». L’inégalité est en effet inscrite, comme conséquence normale de la division du travail, dans la nature même des sociétés polysegmentaires14. Elle est traitée par Durkheim comme une donnée non problématique. Les classes sociales – les castes mêmes – sont des modes d’organisation de la division du travail qui sont parfaitement légitimes tant qu’ils demeurent fondé[s] dans la nature de la société », c’est-à-dire lorsque les règles de la distribution sociale ne font que structurer socialement les inégalités naturelles La contrainte ne commence que quand la réglementation, ne correspondant plus à la nature vraie des choses et, par suite, n’ayant plus de base dans les mœurs, ne se soutient que par la force »15. Non, la thèse durkheimienne est bien que ce n’est pas l’inégalité des conditions qui menace la solidarité organique mais bien les conditions dans lesquelles cette inégalité d’une part se constitue et, d’autre part, se maintient. Et l’égalité des chances est l’instrument par lequel peut se réaliser cette adéquation entre ce que les hommes sont naturellement » et ce qu’ils deviennent socialement ». 16 Ibid., pp. 371-372. 8On s’attendrait donc à ce que Durkheim développe et approfondisse une analyse des conditions de réalisation de cette providentielle égalité des chances. Celui-ci n’identifie pourtant comme seul et unique obstacle à cette réalisation que l’institution de l’héritage – plus précisément de l’héritage patrimonial […] alors même qu’il ne reste, pour ainsi dire, plus de trace de tous ces vestiges du passé, la transmission héréditaire de la richesse suffit à rendre très inégales les conditions extérieures dans laquelle la lutte s’engage »16. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 9Pourtant, plus on avance dans la lecture de La Division du travail social – ou même du Socialisme – et plus il devient clair que, sous l’expression d’ égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il y a davantage que la seule notion d’égalité des chances dans l’accès aux positions sociales. Il faut en effet ajouter à la dimension distributive de ce principe de justice une dimension rétributive selon laquelle les différentes fonctions sociales ne doivent pas seulement être librement accessibles par chacun indépendamment de son origine sociale mais doivent en outre recevoir des gratifications matérielles et symboliques proportionnelles aux services rendus. Durkheim précise en effet que cette égalité dans les conditions extérieures de la lutte […] consiste non dans un état d’anarchie qui permettrait aux hommes de satisfaire librement toutes leurs tendances bonnes ou mauvaises, mais dans une organisation sociale où chaque valeur sociale, n’étant exagérée ni dans un sens ni dans l’autre par rien qui lui fût étranger, serait estimée à son juste prix »17. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 10Durkheim est infiniment plus disert sur les conditions de la réalisation de cette dernière exigence que sur celles de la précédente. Pour assurer l’égalité contractuelle des rapports sociaux, il faut en effet que les valeurs échangées par les individus des biens et des services les uns contre les autres soient équivalentes, c’est-à-dire que le prix de l’objet échangé soit en rapport avec la peine qu’il coûte et les services qu’il rend ». Si cette valeur n’est pas mathématiquement » calculable, la conscience publique » ou encore l’ opinion » possède un sentiment assez précis de cette valeur et est donc en mesure de juger sainement du degré d’équité de l’échange. Mais ce n’est heureusement pas tout la thèse durkheimienne est que, si le consentement des contractants est libre de toute pression extérieure s’ils sont placés dans des conditions extérieures égales »18, alors l’échange est équitable et les individus ne reçoivent qu’en fonction du coût réel de l’objet échangé. Si, au contraire, une classe de la société est obligée, pour vivre, de faire accepter à tous prix ses services, tandis que l’autre peut s’en passer grâce aux ressources dont elle dispose et qui pourtant ne sont pas nécessairement dues à quelque supériorité sociale, la seconde fait injustement la loi à la première. Autrement dit, il ne peut pas y avoir des riches et des pauvres de naissance sans qu’il n’y ait des contrats injustes »19. 11Ainsi, l’essentiel de l’analyse de l’analyse durkheimienne des causes de conflits sociaux tenant aux modalités selon lesquelles les mérites individuels sont à la fois reconnus par la manière dont le processus de la distribution sociale s’effectue et récompensés par le résultat de ce processus en termes de stratification sociale tient dans la dénonciation de la seule institution de l’héritage patrimonial, qui interdit l’égalité des chances et rend les rapports sociaux inéquitables. Le mérite de cette analyse n’est cependant pas mince, dans la mesure où elle parvient à dépasser l’aporie consubstantielle à toute idéologie de l’égalité des chances l’égalité des chances débouchant sur une inégalité des conditions qui, dans le même temps, en légitime le principe, il suffit de faire en sorte que les conditions d’arrivée d’une génération ne constituent les conditions de départ de la suivante. C’est ce que permettrait, en brisant le cercle vicieux de la reproduction socio-économique, la suppression de l’héritage patrimonial ! II. Les apories de la solution socio-économique et le choix de la solution socio-culturelle 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, P ... 12Il est cependant douteux qu’il suffise de supprimer les inégalités économiques de naissance » pour supprimer du même coup les contrats injustes ». D’une part, il existe, à côté de la seule hérédité économique, bien d’autres hérédités – en particulier sociales et culturelles – susceptibles d’altérer la spontanéité » de la distribution sociale. D’autre part, les rapports sociaux ne sont pas affectés seulement par les situations économique de départ dans lesquelles se concluent les contrats mais aussi, et plus significativement encore, par les l’ensemble des inégalités plus ou moins acquises dont les individus sont affectés tout au long de leur carrière. Ce qui rend les contrats injustes », c’est l’inégalité même des contractants, et pas seulement celle qui résulte de la transmission héréditaire des biens. En outre, dans un cours sur la famille conjugale professé en 1892, Durkheim montrait déjà l’extrême difficulté qu’il y aurait à supprimer une institution jouant un rôle si efficace de stimulant pour le travail et pour la réussite individuelle20 ! 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris ... 13Mais, la suppression de l’héritage assurerait-elle l’égalité des chances, il resterait que l’instauration de cette dernière est loin de constituer une solution efficace à la problématique durkheimienne du maintien de l’ordre social par la loyauté des acteurs. De fait, la distribution naturelle » des talents et des aspirations parmi les individus a bien peu de chances et, pour dire vrai, aucune de correspondre à celle des positions sociales définies par la division du travail. La raison en est fort simple la première de ces distributions est aléatoire tandis que la seconde est donnée » ! Dans ces conditions, comme R. Boudon l’a magistralement et définitivement montré dans ses travaux sur la mobilité sociale21, l’égalisation des chances peut fort bien n’avoir pas les effets méritocratiques attendus et, donc, les effets d’intégration par justice distributive interposée prévus par Durkheim. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV ... 14Ainsi le bilan de la mise en œuvre durkheimienne de la problématique en termes d’ égalité des chances » apparaît bien précaire – tant au plan des conditions de son application pratique qu’à celui des effets qui en sont attendus. Aussi peut-on, avec un lecteur aussi attentif qu’A. Pizzorno, s’étonner de voir comment une pensée sociologique si pénétrante, après avoir recouru à ce concept d’égalité à un point fondamental et critique du système, oublie de se demander quelle en est la signification sociologique »22. Mais s’agissait-il vraiment d’un oubli ? 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Pari ... 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’a ... 15Quelques années plus tard, dans les dernières pages du Socialisme, Durkheim allait en effet apporter une réponse bien différente de la précédente à la question agitée dans le chapitre sur La division du travail contrainte » Ce qu’il faut pour que l’ordre social règne, c’est que la généralité des hommes se contentent de leur sort; mais ce qu’il faut pour qu’ils s’en contentent, ce n’est pas qu’ils aient plus ou moins, c’est qu’ils soient convaincus qu’ils n’ont pas le droit d’avoir plus. […] S’il ne sent pas au-dessus de lui une force qu’il respecte et qui l’arrête, qui lui dise avec autorité que la récompense qui lui est due est atteinte, il est inévitable [que l’individu] réclame comme lui étant dû tout ce qu’exigent ses besoins et, comme dans l’hypothèse ces besoins sont sans frein, leurs exigences sont nécessairement sans bornes »23. Le changement de ton est radical. Ici, les besoins » de l’individus ne sont plus naturellement en rapport avec ses moyens »; ils sont au contraire, comme décrits dans Le Suicide, infiniment extensibles et, de ce fait, insatiables aussi longtemps que l’intériorisation de normes sociales adaptées ne parvient à les réguler et, donc, à créer la possibilité de leur satisfaction24. Comme on peut s’en convaincre par la lecture des textes ultérieurs sur l’éducation, Durkheim vient de marquer qu’il abandonne la solution socio-économique de la question de l’ordre social au bénéfice d’une solution socio-culturelle. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 16De fait, contrairement à toute attente, la conception durkheimienne de l’éducation ne fait pas de l’institution scolaire un instrument d’égalisation des chances permettant la réalisation d’une distribution sociale méritocratique. Le rôle de l’école est d’abord de répondre à une demande structurelle déterminée en amont du processus éducatif par l’état de la division du travail et, dans ce but, d’y conformer les individus qui lui sont confiés. Elle cherche moins à sanctionner les mérites individuels qu’à produire des individus adaptés aux besoins collectifs, c’est-à-dire à la demande sociale. À cet égard, les propos de Durkheim sont sans ambiguïté Bien loin que l’éducation ait pour objet unique ou principal l’individu et ses intérêts, elle est avant tout le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence »25. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. V ... 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 17On est donc bien loin de la thèse selon laquelle la seule évaluation des mérites individuels dans une situation d’égalité des chances permettrait de réaliser l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ». Ici, plus un mot sur l’égalité des chances l’École, qui a pour fonction première comme Sorokin le soulignera plus tard26 de distribuer dans les différentes positions sociales des individus aux caractéristiques appropriées, a donc essentiellement pour charge de leur donner les compétences nécessaires à leur efficacité dans leurs fonctions respectives – bref, à susciter et […] développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné »27. Évidemment, rien n’est dit des raisons pour lesquelles un individu donné serait destiné » à embrasser telle carrière plutôt que telle autre ! Il ne peut plus, en effet, s’agir de goûts ou autres aptitudes innés depuis Le Suicide, le lecteur de Durkheim sait qu’il n’y a d’autre nature humaine » que celle que la société, par la socialisation, crée de toutes pièces en nous. 18Dans cette perspective, il devient alors évident que l’égalité des chances n’a plus grand rôle à jouer. L’essentiel étant de placer les individus convenables là où la société réclame qu’ils soient placés, c’est cette demande » qui doit être satisfaite en priorité – et quelles que soient a priori les exigences de l’offre individuelle. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction s ... 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 90. 19Mais que devient alors l’impérieuse nécessité de faire en sorte que la généralité des hommes se contentent de leur sort » ? C’est là que l’institution éducative révèle le caractère providentiel de son action – en forme de véritable sociodicée »28. De fait, si le système éducatif joue un rôle fonctionnel d’induction susciter » et de développement des qualités individuelles diverses et variées que requièrent les fonctions créées par la division du travail, il joue aussi, et dans le même temps, un rôle moral de socialisation, d’adaptation et d’intégration de l’individu. S’il parvient à réaliser l’ harmonie » attendue entre ce que les individus sont moralement et ce qu’ils font socialement – entre aspirations et destins individuels –, ne devient-il pas alors assez indifférent que cette distribution sociale résulte d’une situation d’égalité des chances ? Le discours durkheimien est ici sans détour L’homme que l’éducation doit réaliser en nous, ce n’est pas l’homme tel que la nature l’a fait, mais tel que la société veut qu’il soit; et elle le veut tel que le réclame son économie intérieure »29. 20En dernière analyse, Durkheim semble donc avoir estimé que le scandale moral » que constitue l’inégalité des chances serait plus efficacement évité en préparant les individus à ce qu’ils seront et ce qu’ils seront reproduira sans doute ce qu’ils sont, c’est-à-dire leur origine sociale… qu’en leur permettant de devenir ce qu’ils ont la capacité, la volonté ou le goût d’être. Cela expliquerait en effet, d’une part, la précarité de la réflexion de notre auteur sur les conditions de l’égalisation des chances sociales et, d’autre part, l’accent mis par celui-ci sur le rôle essentiellement socialisateur et intégrateur de l’institution scolaire, au détriment de son rôle de promotion sociale des individus. 21La raison d’une telle évolution tient sans doute au fait que, dans cette œuvre de jeunesse qu’est La Division du travail social, le paradigme durkheimien n’est pas encore entièrement élaboré. Et ce sont ces incomplétudes qui, sans doute, ont conduit Durkheim à se fourvoyer dans des pistes de recherches dont il a dû constater trop tard qu’elles conduisaient à des impasses. Si la thèse selon laquelle les conflits sociaux ont leur source essentielle dans l’illégitimité de l’ordre social ce n’est pas la nature objective des rapports sociaux qui risque rompre le consensus mais le caractère défavorable de la perception qu’en ont les acteurs reste inchangée, Durkheim est rapidement passé d’une conception selon laquelle cette légitimité pouvait être obtenue par l’organisation démocratique du système social à une conception plus radicale pour laquelle le même résultat serait plus efficacement atteint par l’inculcation systématique et institutionnalisée de valeurs et de normes – bref, d’une solution socio-économique à une solution socio-culturelle. Haut de page Notes 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt Éd., Division du travail et lien social. Durkheim un siècle après, Paris, 1993, pp. 197-198 passim. 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégalité sociale les avatars et les leçons d’une entreprise », Recherches sociologiques, 223, 1991, pp. 17-32. 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du Livre III, intitulé La division du travail contrainte ». 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depuis Durkheim, Paris, 1987. 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, Paris, 1970, p. 24. 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées sont respectivement défendues par Sumner What Social Classes Owe to Each Other, New York, Harper Brothers, 1883 et par Ward La différenciation sociale et l’intégration sociale une utopie sociologique, Paris, 1903. Voir Charles-Henry Cuin, Les Sociologues et la mobilité sociale, Paris, 1993. 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », Ibid., p. 371. 15 Ibid., p. 370. 16 Ibid., pp. 371-372. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, Paris, Minuit, 1975, p. 47. 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris, A. Colin, 1973. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV, pp. 1-36. 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Paris, 1971, p. 227. 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’analyse durkheimienne, voir Cuin, Durkheim et la mobilité sociale », Revue française de sociologie, 1987, XXVIII, 1, pp. 43-65. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. Voir également Charles-Henry Cuin, Sorokin et le Social Mobility’ de 1927 naissance et mise en œuvre d’une problématique sociologique », L’année sociologique, 38, 1988, p. 275-308. 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction sociale » Voir Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction; éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Ed. de Minuit, 1970 et Christian Baudelot et Roger Establet, L’École capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971. 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. de page Pour citer cet article Référence papier Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales, XLII-129 2004, 95-103. Référence électronique Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], XLII-129 2004, mis en ligne le 05 novembre 2009, consulté le 24 août 2022. URL ; DOI de page Auteur Charles-Henry Cuin Université Victor Segalen – Bordeaux Articles du même auteur Paru dans Revue européenne des sciences sociales, 49-2 2011 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XXXIX-120 2001 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XL-124 2002 Haut de page Droits d’auteur Tous droits réservésHaut de page

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